Retour en arrière

Lundi, en sortant de chez la pédiatre, nous nous sommes dis avec le Geek qu’on pouvait peut-être faire un saut à notre ancien QG, sobrement intitulé « assistance médicale à la procréation » sur le devant du bâtiment.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrent. On se regarde quelques secondes, on hésites mais on sort quand même dans ce couloir trop familier.

On ne se sent pas très à l’aise avec notre grosse poussette voyante et notre bébé.
Je me souviens quand nous attendions notre tour et que, parfois, on croisait un couple heureux avec leur petit, venu le présenter ou lancer le second. Tout le monde les regardait avec de l’espoir (« c’est possible, ça peut marcher ») et de l’amertume (« qu’est-ce qu’ils viennent faire là, à nous agiter leur réussite sous le nez »). Bref, vous voyez de quoi je veux parler. Et là, ce couple, c’était nous…

Mais nous ne croiserons qu’un homme seul venu confirmer un rendez-vous et les deux couples qui attendent leur transfert au labo ne nous verrons pas passer.

Arrivés au secrétariat, on se sent un peu bêtes de dire « On se demandait si le Dr Éprouvette est là, on voulait lui présenter notre fille ».
Les filles nous reconnaissent, elles se souviennent même de mon prénom. Elles nous disent que notre gynéco est en train de faire des transferts mais qu’elle ne devrait pas tarder à repasser.

Et effectivement, après quelques minutes là voilà qui arrive. Elle passe à côté de nous sans nous voir, les yeux rivés sur son smartphone et déjà en train de dicter ses consignes pour les prochains transferts.

Alors qu’elle s’apprête à s’enfermer dans son bureau, le Geek l’interpelle.
Elle nous regarde quelques secondes, regarde la poussette puis « Oh ! Monsieur et Madame Kaellie ! » (Dans notre centre, tout se fait au nom de la femme. Et comme nous ne sommes pas mariés, c’est mon nom qu’elle connaît).

Nous sommes très émus de lui présenter Fergie. Après tout, c’est grâce à elle et à l’équipe du centre qu’elle est là. Elle nous complimente, notre puce est très jolie et très éveillée.  En rigolant, on lui dit qu’ils ont bien choisi les gamètes et elle nous réponds que oui, ici ils ne font que de beaux bébés ;)

Elle m’interroge ensuite sur mon accouchement qu’elle qualifie de compliqué. Elle semble sincèrement désolée que tout soit parti en cacahuète et ça me touche. Puis il est temps de la laisser repartir et de dire au-revoir. Nous sommes émus, c’est une page de notre vie de couple qui se ferme, mais heureux.

En partant, nous disons « bonnes fêtes et à bientôt !! ». Après tout, qui sait, il nous reste trois Findus…

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Le Geek et moi souhaitons garder une trace de cet accouchement mais je m’excuse d’avance si ce post vous parait long, décousu et un poil cucul. Je l’ai commencé dans ma chambre à la maternité et fini à la maison. Il n’y a pas de filtres, il est assez « brut » avec des morceaux de PB dedans…

Cette grossesse médicalisée de bout en bout a été une sacrée aventure pour le Geek et moi. Heureusement, nous avons été bien entouré et au final, malgré l’hypertension et le diabète, c’était plutôt une grossesse « facile ».

Comme je vous disais dans mon dernier article, je devais revoir ma Gynéco pour le dernier rdv. Nous avons alors convenu d’une surveillance accrue et des bilans sanguins très réguliers. Malheureusement, elle est partie en déplacement et quand mon bilan a commencé à se dégrader, les sages-femmes qui me suivaient à la maison ont décidé de m’envoyer faire un tour aux urgences.

Nous nous sommes donc présentés samedi 4 octobre à la maternité, avec un petit sac. On m’installe dans une salle de pré-travail, prises de tension, prises de sang, monitos, repas. Le gynéco de garde, un vieux monsieur charmant, n’est pas inquiet et se montre rassurant. Je demande donc au Geek de rentrer à la maison pour se reposer et s’occuper des chats. La nuit est difficile entre le bruit, les monitos et les allées et venues diverses et variées.

Dimanche, le Geek est de retour à 7h pour le premier monito de la journée, qui montre une Fergie en plein forme et quelques contractions. Malgré tout, le gynéco décide de me garder en observation. La journée passe lentement, avec des contractions que je commence à sentir un peu mais un col toujours verrouillé à triple tour. Le soir, le Geek rentre à la maison tout seul, ça commence à être difficile pour nous d’être séparés et dans l’expectative.

Lundi matin, nouveau monito, nouvelles prises de sang et bilan encore dégradé. Cette fois-ci, le gynéco de garde est jeune et bien fait de sa personne ^^ Il prends le temps de s’asseoir avec nous pour poser les choses et prendre une décision. Mon col est toujours fermé mais je suis « enfin » à 39SA ; nous décidons d’un commun accord de me déclencher. Le Geek et moi sommes nerveux et excités, nous allons enfin rencontrer notre bébé !
Vers midi, une sage-femme vient me poser le tampon de Propess. La douleur pendant qu’elle farfouille dans mon ventre m’a rappelé celle de l’hystérosalpingographie…
Plus tard, en en discutant avec une copine, j’ai compris qu’elle m’avait fait un décollement « sauvage » sans me demander mon avis, ni même me prévenir. Heureusement pour elle, nous ne l’avons pas recroisé……. Une fois le tampon posé, le reste de la journée est rythmé par les monitos et les TV (que j’appréhende un peu, vu que j’ai le fondement douloureux) pour vérifier l’état de maturation de mon col. Après le dîner, je propose au Geek de rentrer se coucher un peu, la semaine risquant d’être assez longue. Finalement, vers 22h00 mon col commence à se montrer coopératif en se ramollissant. Je fais un peu de ballon pour aider comme je peux et je vais me coucher.

Mardi à 1h45 une drôle de sensation me fait me lever en sursaut ; ça coule sans que je puisse rien y faire ! La sage-femme de garde m’examine et me confirme que la poche des eaux est fissurée et que mon col est dilaté à 1 !! Le liquide est légèrement teinté vert, ce qui m’ennuie, mais le monito montre que Fergie va parfaitement bien.
Les contractions sont maintenant douloureuses et se font sentir à intervalles de 3 minutes. Vers 3h00, je commence à avoir du mal à gérer seule et j’appelle mon Geek à la rescousse. Il a du le sentir car il est en train de se réveiller quand je prends mon téléphone. Quand il arrive, les contractions me brûlent les reins toutes les 1.30 minutes. Toujours sur mon ballon, je me pends à son cou pour m’étirer comme je peux. On gère tous les deux au maximum mais vers 6h, je commence à perdre pied. Il appelle alors la sage-femme de nuit qui veut absolument me faire un monito. La position allongée sur le dos, immobile, est un calvaire. Depuis le début de la grossesse, Fergie aimait squatter à gauche mais, depuis le déclenchement, elle est calée à droite, très haut sous mes côtes.
A 7h00, elle nous propose une injection d’un dérivé de morphine pour me soulager un peu car je ne suis dilatée qu’à 2cm, il est trop tôt pour la péridurale (Au départ, dans notre projet de naissance, je souhaitais essayer sans. Mais la légende est vraie, les contractions dans les reins, c’est hard-core et je ne voulais pas prendre le risque de basculer dans la panique). Mais, forcément, le mauvais karma était pour nous et je continue malheureusement à tout sentir. Par contre, je me retrouve complètement shootée. Le côté drôle, c’est que je raconte des trucs sans queue ni tête qui font rire jaune le Geek. Le problème, c’est que je suis toujours sur mon ballon et que si le Geek me lâche entre 2 contractions, je tombe car je m’endors. Ça devient dangereux et pour moi, et pour notre fille mais il n’y a rien à faire, il faut que j’évacue le produit. Je me souviens de mes efforts pour ouvrir les yeux et des douleurs qui m’empêchent de reprendre pied avec la réalité. De façon très bizarre, au final, ça me « protège » de la panique.
A 10h00, enfin, la délivrance ! Mon col est dilaté à 3cm et on me conduit tant bien que mal (je ne tiens pas debout seule si on me lâche) en salle de naissance pour poser la péridurale. Le Geek peut rester avec moi et je m’appuie sur lui pour ne pas m’endormir pendant que l’anesthésiste (c’est celui que j’ai rencontré en consultation, il se souvient de moi et me parle gentiment, ça m’aide un peu à accepter) prépare le terrain puis me pique. Il faudra quelques contractions supplémentaires pour que la péridurale fasse effet et encore une bonne heure avant que je ne reprenne pied dans la réalité.

Enfin soulagée, je peux me reposer un peu et je somnole en écoutant les bips des machines. Fergie nous montre bien qu’elle en a marre des monitos en se « cachant », ce qui fait hurler l’alarme et me secoue à chaque fois. Mon col continue son petit bonhomme de chemin jusqu’à 5cm. Et là, le karma nous rattrape et c’est la stagnation. Je contracte toujours toutes les 1.30 minutes mais il ne se passe plus rien. La sage-femme me laisse une heure, en m’aidant à me mobiliser autant que faire se peut avec mon coussin d’allaitement, avant d’aller faire le point avec la gynéco de garde.

A 16h30, elle m’examine une dernière fois et nous confirme que je descends au bloc. Tout s’enchaîne alors très vite.
On me prépare pour le bloc (rasage, bétadine, sonde urinaire, perfusions à gogo, bas de contention, etc.) en quelques minutes. L’anesthésiste m’attends et entreprends de nous rassurer. On va rester sur la péridurale mais il va augmenter la dose pour que je ne sente rien. On me change de lit et c’est les couloirs sans fin. Je ne vois plus le Geek qui nous suis mais j’entends l’anesthésiste qui lui explique qu’il va m’installer puis qu’il reviendra le chercher et qu’il pourra rester avec moi. On passe les portes du bloc, la température chute brutalement mais je meurs de chaud. Ça s’active autour de moi, on me parle, on me rassure, pendant que le champ est installé.
L’anesthésiste me caresse la tête puis j’entends la gynéco arriver. Le Geek rentre enfin avec et s’installe à côté de moi. J’entends que ça parle mais je ne suis plus en état, j’essaye de ne pas pleurer, pas bouger, pas crier. Je sens mon corps s’alourdir sur la table puis qu’il se trame quelque chose du côté de mon ventre. Je sens qu’on me secoue mais je ne ressens rien, c’est assez étrange.
Je chuchote au Geek de se rapprocher, j’ai besoin de le voir, de le sentir près de moi. L’anesthésiste nous avertit que ça y est, notre fille arrive.

Soudain, un petit cri, comme un miaulement de chaton. Le champ se baisse légèrement et les grands yeux calmes de notre fille apparaissent. Il est 17h08, je sens la main du Geek sur mon bras et notre monde bascule.

J’ai à peine le temps de respirer qu’on la pose sur mon torse. Je ne peux pas bouger, je ne la vois pas car sa tête est enfouie dans mon cou mais j’oublie où je suis, que mon ventre est toujours ouvert et je respire son odeur. J’ai beau être brûlante, il fait froid au bloc donc elle doit partir rapidement. La sage-femme la prends donc avec elle quelques minutes mais elle nous la ramène très vite dans une couveuse fermée. Pendant ce temps-là, ça râle un peu du côté de mon ventre, je sens qu’on me secoue un peu plus fort (mon placenta ferait-il de la résistance ?) et j’entends un bruit d’agrafes, ce qui m’amuse beaucoup sur le coup (mon beau-père aurai-il fait irruption dans le bloc pour réparer un truc ?!). Fergie porte un bonnet moche et une petite couche. Elle est calme, elle regarde ce qui se passe de ses yeux flous de bébé.

Une des infirmières m’informe alors que le peau à peau ne sera pas possible, il n’y a pas de place pour nous. Je me mets à pleurer, on me demande pourquoi, on me dit que ce n’est pas grave, enfin madame, voyons ! Je dis que ça fait 3 ans que je l’attends, j’ai la gorge qui se serre. En partant j’entendrais d’ailleurs un commentaire sur ma « fragilité ». Connasse !! C’est un peu le seul moment et la seule personne désagréable rencontré lors de notre séjour prolongé.

Finalement, une puéricultrice que nous avons déjà vu plusieurs fois en salle de naissance arrive et nous informe que si, c’est bon, on a une salle de réveil privée, on va pouvoir être tous les trois !! Je dis au-revoir à l’équipe puis c’est à nouveau la ballade dans les couloirs. On m’installe, on m’ausculte rapidement (on vérifie que je saigne bien quand on m’appuie sur le ventre, super agréable !!) et on découpe ma blouse pour poser ma fille entre mes seins. Puis on fait rentrer le Geek qui attendait derrière la porte. On discute à voix basse, il me montre les premières photos qu’il a prise puis la puéricultrice, qui doit rester avec nous pour des questions de sécurité, me propose la première mise au sein. Comme je suis toute molle, c’est elle qui prends mon sein et ce n’est pas forcément hyper agréable. Fergie râle, attrape mon mamelon, le rejette, avant de finalement s’y accrocher quelques instants. L’avoir contre moi, c’est un bonheur sans nom !!

Le Geek doit ensuite monter en chambre avec notre fille pour sa propre séance de peau-à-peau et je resterais encore une heure seule dans la salle de réveil. A 20h30, deux sages-femmes viennent me brancarder et je retrouve le jeune papa torse nu et fier comme un pou avec Fergie sur le ventre. Il me raconte que sur le chemin vers la chambre, il a croisé les dizaines de couples faisant la visite de la maternité et qu’ils sont tous passé en fixant Fergie dans sa couveuse avec des yeux envieux et pour certains des compliments ^^

On m’apporte une collation et nous nous posons enfin tous les deux pour profiter de ce bébé tant attendu. C’est marrant, elle est vraiment toute petite et elle garde cette position « en grenouille » qu’elle avait dans mon ventre. Elle est calme, elle dort dans son petit berceau en plexi à côté de mon lit. J’ai mal mais je ne me lasse pas de la regarder ou de regarder mon amoureux.

C’est la fin d’une aventure, le début d’une autre, nous sommes parents !!